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Emmanuel Adely
Adely

Aux éditions Argol

Cinq suites pour violence sexuelle
Sommes
Écrire, mai 68, (Collectif)



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Emmanuel Adely  est né à Paris en 1962. Il a publié notamment, Les Cintres, Minuit, 1993 ; Jeanne Jeanne Jeanne , Stock, 2000 ; Mad about the boy , Joëlle Losfeld, 2003 ; Mon amour, Joëlle Losfeld, 2005 ; Édition limitée et J’achète, Inventaire/Invention, 2007 ; Ecrire, mai 68 (collectif) Argol, 2008 et Genèse, Seuil, 2008.

Les Cintres, Minuit, 1993
Dix-sept fragments de désir, Fata Morgana, 1999
Agar-agar, Stock, 1999
Jeanne, Jeanne, Jeanne, Stock, 2000
Fanfare, Stock, 2002
Mad about the boy, Joëlle Losfeld, 2004
Mon amour, Joëlle Losfeld, 2005
Édition limitée, Inventaire/Invention, 2007
J’achète, Inventaire/Invention, 2007
Genèse, Seuil, 2008
Cinq suites pour violence sexuelle, Argol, 2008

Hier soir vers 23h, je reprends la lecture de Sommes*, fiction d'Emmanuel Adely, commencée il y a quelques jours. Je n'ai auparavant lu que quelques pages, pénétrant à peine la somme de portraits amassés là et trouvant cela, déjà, impeccable. Et puis, hier soir donc, avançant un peu plus dans le texte, je comprends soudain – comment est-ce qu'on comprend ? par quelques subtils indices disposés çà et là – ce qui est en train de se passer. Il est 23h30 et j'ai sommeil mais je ne veux (peux) plus lâcher. Je suis avec ces quelques hommes et femmes, là, ne peux (veux) plus les laisser. Je lis jusqu'au bout.
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Qui a déjà lu Sommes ne s'étonnera pas que j'ai eu du mal à m'endormir après ça. À ceux qui ne l'ont pas lu, je dis "précipitez-vous dessus". Et je crois même savoir qu'Emmanuel Adely en fera une lecture complète samedi 5 décembre à 17h dans le cadre de Relectures à l'espace Khiasma. Re-lectures ? Je ne pouvais pas laisser passer ça.
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ps : la photo de ce message est un détail de la couverture, lui-même détail de Détail (1-35327) de Roman Opalka, avec qui le texte entretient une certaine relation.
Frédéric Forte
http://poete-public.blogspot.com/
-Frédéric Forte
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Du « détail » à la « somme »

Publié le 10/06/2013 à 08H00

Littérature. Quarante-huit autoportraits de Roman Opalka sont exposés au CHU de Rouen jusqu’au 21 juin. Une œuvre en écho à laquelle l’auteur Emmanuel Adely a signé « Sommes ».

 
A 34 ans, le jeune professeur d’art découvre sa vocation. Il travaillera à une œuvre unique jusqu’à sa mort, à près de 80 ans (Courtesy Yvon Lambert)

A 34 ans, le jeune professeur d’art découvre sa vocation. Il travaillera à une œuvre unique jusqu’à sa mort, à près de 80 ans (Courtesy Yvon Lambert)

 

De 1965 à sa mort en 2009, le Franco-Polonais Roman Opalka s’est attelé à un travail sériel sur le cours du temps, à travers la graphie des nombres. Peignant méthodiquement ces derniers en blanc en ordre croissant à partir de zéro sur des toiles apprêtées de plus en plus pâles, le plasticien aura ainsi manuscrit quelque cinq millions de nombres en près de quarante-cinq ans. Prenant systématiquement soin de réaliser son autoportrait photographique selon un protocole immuable à l’issue de chacune de ses séances de travail, dos au tableau. Lui-même à l’origine d’un travail sur l’énumération et la collection de données chiffrées depuis plusieurs années, l’écrivain Emmanuel Adely a répondu à l’invitation de son éditrice, Catherine Flohic, à rédiger un texte entrecoupé de reproduction de peintures qu’Opalka qualifiait de « détails », pour signifier leur valeur de fragments au sein du continuum infini des nombres. Quatre ans après la livraison de Sommes, l’auteur revient sur ce projet.
Comment avez-vous appréhendé ce projet d’écrire « en lien » avec l’œuvre de Roman Opalka ?
Emmanuel Adely : « J’ai immédiatement adhéré au projet car j’apprécie son œuvre, dont je n’avais alors, étrangement, jamais décelé les échos à mes propres préoccupations littéraires. Je ne souhaitais pas produire un texte critique, qui n’aurait pas été de mon ressort. J’ai plutôt cherché comment créer un jeu de rebonds avec son travail, qui s’apparente à un compte-à-rebours face au temps qui passe, avec cette peinture insatiable de nombres croissants… J’ai longuement écouté les CD sur lesquels il s’enregistrait énumérant simultanément qu’il les inscrivait les nombres représentés sur ses toiles. L’idée qui a fait naître Sommes est venue en lisant la presse. Sans apprécier l’anecdote pour l’anecdote, ce n’est pas la première fois que je puise dans les médias pour écrire – je l’avais par exemple fait pendant le quinquennat de Sarkozy en publiant en ligne une revue de presse. Il y avait d’ailleurs des mécanismes proches de ceux à l’œuvre chez Opalka, puisque je laissais un blanc à la place du nom du chef de l’État alors que ses qualificatifs s’effaçaient progressivement… Ici, j’ai été interpellé par la façon dont les pertes humaines générées par le crash de l’avion de ligne Rio — Paris en juin 2009 ont été relatées dans un journal. Ce fragment de texte est apposé en postface à mon livre. Les victimes y sont listées, non par ordre alphabétique, mais en vertu d’un ordre numérique décroissant, de la nationalité qui a enregistré le plus de décès à celle qui en a enregistré le moins. Mais l’arbitraire vient vite briser cet ordre : arrivé au chiffre 1, le listing, qui commence par un classement alphabétique, est totalement mis à mal pour les toute dernières nationalités, dont l’énumération ne correspond plus à aucune règle. Un illogisme aux antipodes du travail d’Opalka, méthodique, minutieux et sans faille. J’ai pris ce point de départ et j’ai décliné l’identité de ces victimes, y ajoutant ici et là des éléments de fiction et redistribuant les détails véridiques pour qu’on ne puisse pas reconnaître les individus. »
Votre fascination pour les nombres vous paraît-elle apparentée à celle de Roman Opalka ?
« Le point commun entre son rapport aux nombres et le mien réside sans doute dans le phénomène de décélération face à la société de l’information qu’incarne d’un côté son geste pictural quasi-monacal et de l’autre, ma démarche de conservation et de relevé des moindres traces de mes dépenses quotidienne. Un inventaire qui a notamment donné naissance au livre J’achète. Il y a donc sans doute ce goût partagé pour une forme de discipline et de constance face à des projets menés sans détour, jusqu’à ses propres retranchements. »
Qu’est-ce qui vous a appelé à dérouler cette litanie de chiffres et de nombres qu’est la liste des victimes du Rio-Paris, en l’habillant de fiction ?
« Ce projet littéraire m’a permis de jouer sur la valeur des nombres comme d’autant de traces de notre identité à la fois singulière et collective. Il y a l’âge, la taille, le poids, le nombre d’amants qu’on a eus et de livres que l’on a lus… Autrement dit une unicité individuelle derrière la froideur abstraite de données qui nous donnent l’impression de comprendre le monde — 11 % de chômage, 2 % de croissance —, mais qui ne veulent plus rien dire, dilués dans l’information comme ils le sont. Si on raisonne en nombre de personnes plutôt qu’en pourcentage, on retrouve une singularité, on pense : cela fait « tant » de personnes. Et au fond, nous sommes tous des chiffres. Depuis quelques années, donc, je mène ce travail sériel sur mes achats. Bien entendu, ce qui m’intéresse réside dans le contrechamp. Ce que j’achète n’a aucun intérêt. Mais le contexte, l’intention qui guide la dépense peuvent produire du sens. De manière générale, j’aime l’inscription de soi dans un travail de discipline continue. Et bien entendu, lorsque l’on aborde la mécanique mathématique, on s’approche de la vanité et de la mort. Ce qui m’a paru intéressant dans mon texte, c’est qu’il produit un chiasme par rapport au travail d’Opalka. Le sien va sans cesse vers l’allongement, la dilatation du temps. Le mien au contraire, procède par des phrases de plus en plus courtes. In fine, je suis d’autant plus satisfait de ce travail qu’Opalka m’a dit avoir aimé le texte, qu’il a pu lire avant de mourir.»


Dossier et lecture sur le site du cipm à Marseille

http://www.cipmarseille.com/auteur_fiche.php?id=2075













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