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Jean-Luc Parant
Parant

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Les Très Hauts
Le miroir aveugle
Écrire, mai 68, (collectif)


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Jean-Luc Parant est né le 10 avril 1944 à Mégrine-Coteaux près de Tunis en Tunisie. Il vit et travaille actuellement à La Giffardière en Normandie.
S’étant intitulé « fabricant de boules et de textes sur les yeux » dès la fin des années 60, comme s’il avait inventé là son propre et unique métier, JLP travaille dans le même temps l’écrit et la peinture et la sculpture. Il est reconnu pour ces deux inventions poétiques avec ses textes et ses boules, il s’agit de vision et de toucher, de jour et de nuit, d’infime et d’infini…



Le vol c’est la vue, Fata Morgana, 2012
Comptes du jour et de la nuit, de l’aube et du crépuscule, Voix / Richard Meier, 2011
L’Aveuglement des yeux, Derrière la Salle de Bains, 2011
Dix autres chants pour continuer de tourner en rond, La Différence, 2011
Nos yeux sont intacts (illustrations de Titi Parant), Mona Lisait Books Factory collection, 2011
La Traversée du feu (illustrations de Titi Parant), Virgile Legrand éditions, 2011
Des yeux de Dieu, Fata Morgana, 2011
Manger des yeux (catalogue), Conservatoire de l’Agriculture, Chartres, 2010
Jean-Luc Parant (catalogue), Musée éphémère du Château de la Roche-Guyon, 2010
Le Bout des Bordes n°11-14, Actes Sud, 2010
Nuit des temps (catalogue), Château de Saint-Privat d’Allier, 2010
Le Je des yeux, Atelier La Feugraie, 2010
Mes yeux aveugles, Zéro l’infini, 2009
Les yeux ouverts les yeux fermés, Dilecta, 2009
Le sexe des yeux, Ragage, 2009
L’Évasion du regard (collectif autour de JLP), Médiathèque Voyelles, Charleville-Mézières, 2009
Le Ventre des animaux, La Regondie, 2008
Mirador de nos yeux, Rencontres, 2008
Les yeux aveugles, Ici poésie, 2008
Nous ne voyons pas nos yeux comme nous ne voyons pas le soleil la nuit, La Cave Littéraire, 2008
Des yeux pour changer le monde III, Vent de terre, 2008
176 hiéroglyphes déchiffrés sur les voûtes étoilées du ciel, Al Dante, 2008
Le regard à l’œuvre, revue Lisières n°24 consacrée à JLP, 2008
La femme et l’homme – L’homme et la femme, Alain-Lucien Benoît, 2008
Ouvrir les yeux jusqu’à ouvrir des milliers d’yeux, Voix /Richard Meier, 2008
Des yeux pour changer le monde II, Edizioni Roberto Peccolo, Livourne, 2008
Le Fou parle, Marcel le Poney, 2008
Du pareil au même (catalogue), Le Cahier du refuge n°165, CIPMarseille, 2008
Toi qui as ouvert les yeux, Dernier Télégramme, 2008
Des yeux pour changer le monde I, Croatian PEN Center, 2007
Deux ronds comme deux yeux, Deyrolle éditeur, 2007
Jean-Luc Parant (catalogue), Edizioni Roberto Peccolo, Livourne, 2007
Manifeste pour une œuvre authentique, New Al Dante, 2007
Histoire d’yeux et de mains (tiré à part), « Les Nouvelles de l’estampe », Bibliothèque Nationale, Paris, 2007
Le soleil dans notre corps, Le Temps volé, 2007
De l’infime à l’infini, et retour (monographie), Actes Sud, 2007
Nous voyons l’univers, La Regondie, 2006
Les Yeux sans mesure, Fata Morgana, 2006
Carnet, éditions Virgile, 2006
Les yeux LII (catalogue), Cumav, Chapelle Saint-Savinien de Melle, 2006
Traité de physique parantale (texte de Jean-Louis Giovannoni), Jean-Michel Place éditeur, 2006
Les Bibliothèques idéales de JLP (catalogue), Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg, 2006
Nuits Dorées, École des Arts décoratifs de Strasbourg, 2006
Les Yeux quatre – L’Envolement des yeux, José Corti, 2006
Dix nouveaux chants pour tourner en rond, La Différence, 2006
Les Yeux déployés (catalogue), Musée départemental de l’Oise, 2006
Mes yeux se sont ouverts devant toi, Al Dante, 2006
Les Yeux nouveaux, Lettres Vives, 2005
Portraits de boules, Galerie Porte-Avion, 2005
Le territoire des boules de Jean-Luc Parant au musée de l’Ardenne (catalogue, texte de Kristell Loquet), Musée de l’Ardenne de Charleville-Mézières, 2005
Nos yeux, Ragage éditeur, 2005
Animaux, le dos et la face des animaux (catalogue), éditions du Rouergue, 2005
Le Bout des Bordes n°9/10, Al Dante, 2005
Jean-Luc Parant, Imprimeur de sa propre matière et de sa propre pensée (collectif autour de JLP sous la direction de François-Marie Deyrolle), José Corti, 2004
Éboulement deux (catalogue), Musée d’Art Contemporain de Lyon, 2004
Le Livre des yeux, Dumerchez, 2004
Le petit JLP illustré, Fage, 2004
La vie vaut la peine d’être visage (avec Céline Masson), Encre Marine, 2004
Une terre pour tous, un soleil pour chacun, Dumerchez 2004
Compte des mille et une boules, Instantané n°49, Frac des Pays de la Loire, 2004
À Boulevue, Joca Seria, 2004
Comme si le cillement des yeux, collection "Ikko", éditions le corridor bleu, 2003
Les yeux trois – Le Déplacement des yeux, José Corti, 2003
Les yeux deux – L’Accouplement des yeux, José Corti, 2003
Le Bout des Bordes n°7/8, Al Dante, 2003
Les yeux au monde, Fata Morgana, 2003
Rimbaud et son double (avec Kristell Loquet), Domaine départemental de Chamarande, 2003
Les yeux – L’Envahissement des yeux, José Corti, 2002
Le moindre pas de nos yeux ou Lumière sur Alberto Giacometti, éditions Complicités, 2002
L’Isolement des images, éditions de l’œil, 2002
De l’œil du corps au feu de l’univers, Bibliothèque du Lion, 2002
Rimbaud ailé, éditions du musée bibliothèque Arthur Rimbaud, Charleville-Mézières, 2002
Les yeux ouverts (avec Titi Parant), éditions Rencontres, 2002
Les yeux de Clara, éditions de l'œil, 2002
Douze mille six cent quatre-vingt quatre petites boules, Del Arco, 2002
Jean-Luc Parant : La matière du regard (catalogue), Espace Écureuil, Toulouse, 2002
Le ciel, son soleil et la terre (avec Titi Parant et J.-M. Marchetti), AEncrages & Co, 2002
Les yeux femelles et les mains mâles, Alain-Lucien Benoît, 2002
En échange, École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris, 2001
De si près aveuglément, Mémo, 2001
Le Voyage des yeux (catalogue), Chapelle du Genêteil, 2001
Les animaux, le retour, Fata Morgana, 2001
À la trace des yeux, Voix / Richard Meier, 2001
L'œil né (avec Titi Parant), Fata Morgana, 2001
Le Grand Livre de Jean-Luc Parant (monographie), La Différence, 2000
Éclats (catalogue), Galerie de France, Paris, 2000
Les yeux, les textes (catalogue), Le Cahier du refuge n°82, CIPMarseille, 2000
Les mains, les boules (catalogue), Le Cahier du refuge n°81, CIPMarseille, 1999
Neuf paysages neufs, Le Grand Os, 1999
Les yeux les boules, les boules les yeux (catalogue), Réunion des Musées Nationaux, 1999
Les yeux encore, La conscience du vilebrequin, 1999
Autoportrait, La Différence, 1999
Et je fais des boules, Jannink, 1998
De l'apparition à la disparition, Aiou, 1997
Titi mon amour, L'équipement de la pensée, 1996
Éboulement (catalogue), Musée d'Art contemporain de Lyon, 1996
Les frontières de l'insaisissable, Spectres familiers, CIPMarseille, 1994
Dix chants pour tourner en rond, La Différence, 1994
Vues de boules, vues de couples, École d’art du Havre, 1994
Avec la nuit dans les mains (avec Titi Parant), École d’art du Havre, 1994
Dessins d’yeux, Voix / Richard Meier, 1993
Les machines à voir LXXXII DCCLVIII, La Différence, 1993
L’Ébullition (catalogue), Galerie Bernard Cats, Bruxelles, 1992
Polyptyques et éboulements (catalogue), Galerie Montaigne, Paris, 1991
Les animaux, les enfants, les femmes et les hommes, La Différence, 1991
Oiseau, Les éditeurs évidant, 1990
Nuit, Les éditeurs évidant, 1990
Les yeux goinfres, Voix / Richard Meier, 1990
Wie Eine Kleine Erde, Blind (traduction Martin Ziegler), Stuttgart, Legueil, 1990
De couple en boule, Fata Morgana, 1990
Le vertige, Créaphis, 1990
Le voyage immobile, Créaphis, 1990
Le bouleversement, La Différence, 1990
Entre la fente de la bouche et le sexe, Indifférences, 1988
L'adieu aux animaux, Christian Bourgois, 1988
Le génie des yeux, Les écrits des forges, Québec, 1988
La face et le profil, Lettres vives, 1988
La main gauche et la main droite, Gris banal, 1988
La femme, l'homme et les animaux (avec Titi Parant), Encrage, Artothèque de Limoges, 1987
Au temps des boules, Voix / Richard Meier, 1987
Parant & Co (catalogue, avec Titi Parant), Pascal de Sarthe Gallery, San Francisco, 1987
100.001 boules (catalogue), Castor Astral / Paris-Musées, 1985
Le chant des yeux, Tribu, 1984
Les xuey, Ecbolade, 1984
Le voyage des yeux, Carte Blanche, 1984
Toi, tu marcheras devant (avec Claude Margat), Collection Apsara, 1984
Le hasard des yeux ou la main de la providence, L'Originel, 1983
Comme une petite terre aveugle, Lettres vives, 1983
Le Bout des Bordes au Havre (catalogue), éditions du Musée du Havre, 1982
La couleur des mains, Aencrage & C, 1981
La couleur des yeux, Aencrage & C, 1980
Jeux de boules (avec M. Butor et A. Villers), 1980
L'opéra des yeux (musique de M. Goldmann), France Musique, France Culture, 1980
Le mot boules, Fata Morgana, 1980
Le mot yeux, Fata Morgana, 1980
Le Bout des Bordes n°5/6, Obliques, 1980
Les trous du corps, Parisod, 1980
Lire les yeux, Les cahiers des brisants, 1979
Quinze photographies de la boule CLXXVIII (photos d’Annick Le Sidaner), J. Froidefond éditeur, 1978
Comment toucher mes boules, Les petits classiques du grand pirate, 1978
Les Yeux DXVIII, Ed Vrac's n°9, 1978
Les yeux de la violence, Céeditions, supplément à la revue Cée n°6, 1978
Les yeux du rêve, Christian Bourgois, 1978
Les yeux CXIV, Francois Norguet / Pages sans titre, 1978
Le Bout des Bordes n°4, Christian Bourgois, 1978
La joie des yeux, Christian Bourgois, 1977
Les xueyetêterret – Recette pour faire des boules, Atelier des Grames, 1977
Le Bout des Bordes n°3, chez l’auteur, 1977
Des yeux du sexe au sexe des yeux, avec J.-P. Héraud, 1977
Les Yeux CIIICXXV, Fata Morgana, 1976,
Les yeux CCCXCVIII, supplément à la revue Impasses n°4, 1976
Le Bout des Bordes n°2, chez l’auteur, 1976
Histoire de comptes (avec Théodore Babou), collection Génération, 1976
Les Yeux MMDVI, Christian Bourgois, 1976
Le Bout des Bordes n°1, chez l’auteur, 1975
La boule invisible, Encres vives, 1975
Les yeux CCLXXXVI, Atelier de l'Agneau, 1975
351 560 petites boules les yeux ouverts et les yeux fermés, Théâtre Oblique, 1975
L'Yeux dit autour de JL Parant, revue Succion, Toulouse, 1975
Les boules intouchables, Encres vives, 1973


remue.net
Pascal Gibourg


L’œuvre de Jean-Luc Parant est prolixe, abondante. Il suffit de jeter un œil sur sa bibliographie pour s’en assurer. On dit souvent qu’un auteur écrit toujours le même livre. C’est plus ou moins vrai. L’exemple de Parant vérifie l’adage. Le retour de quelques motifs obsessionnels - les yeux, les boules ; le toucher, la vue -, ainsi qu’une poétique singulière se renouvelant dans la répétition caractérisent son art, presque un art brut de l’écriture (il sculpte également), si l’on veut bien désigner par là une pratique en proie à une démesure confinant à la folie, une folie domestiquée dans son cas, où maîtrise et excès, décision et impouvoir, n’en finissent pas de vider leur querelle.

La phrase est ample, les relatives nombreuses ainsi que les hypothèses ( si... c’est parce que...) qui servent de tremplins à des syllogismes tantôt évidents, tantôt obscurs, semblant davantage relever de visions ou d’hallucinations que d’un exercice de la raison. Chez Parant, l’image est le support de la réflexion, laquelle bute d’emblée sur une évidence : les yeux ne se voient pas eux-mêmes, ils ne voient pas la vue. C’est la même chose avec le langage, il ne domine pas le pouvoir des mots dont il fait usage. Mais loin de s’en trouver affaiblie, c’est de cette impuissance que la vue tire sa force, son infatigable ténacité. De même l’écriture qui s’évertue à décrire l’exercice de la vision, et ce jusqu’au vertige. Paradoxes et jeux des contraires pullulent dans cette œuvre où l’obscurité seconde la lumière, l’invisible le visible. Dans son dernier livre, Les Très Hauts, Parant en appelle à la forme la plus consacrée de la transcendance - Dieu. Peut-être cherche-t-il par là à contenir l’informe, à donner forme à la démesure, à moins qu’il ne se cherche un Interlocuteur, une clé pour ouvrir l’infini, ou plus pragmatiquement un moteur poétique. Le nom de Dieu circule au sein du poème comme au sein d’une litanie visant la transe ou l’envoûtement, un état hypnotique où le corps se dématérialise tandis que le sens s’incarne dans un complexe de sensations diffuses. On dirait que les facultés - essentiellement voir, toucher, penser -, se limitent les unes les autres, à moins qu’elles ne s’entraident, se fondent les unes dans les autres, comme si le corps faisait l’objet d’une perpétuel réagencement :

« Nous avons pensé après avoir vu ce que nous ne pouvions plus atteindre avec notre corps, après avoir vu là où nous ne pouvions pas aller avec nos pieds et nos jambes, là où nous ne pouvions plus faire un pas ni laisser la moindre marque, la plus infime trace. Nous pensons parce que nous avons pu partir avec nos yeux là où nous ne pouvions pas aller avec notre corps, et nos yeux ont emporté notre visage avec eux. Ils ont emporté toute notre tête. Nos yeux nous ont aspiré tout entiers, nous sommes montés tout entiers en eux. Nous avons pu aller plus loin encore, là où nos yeux ne vont pas, là où nos yeux ne voient pas. Nous pensons et nous sommes là où personne ne voit, où tout est caché par la présence et le volume de notre tête placée devant le monde que nous voyons. Nous pensons et nous voyons ce que nous ne voyons pas avec nos yeux. Nous pensons mais nous ne voyons pas ce que nous ne pouvons pas toucher. Nous voyons ce que nous ne pouvons pas voir après avoir vu ce que nous ne pouvions pas voir avec nos mains, nous voyons ce que nous ne pouvons pas atteindre avec nos yeux. Nous pensons et nous allons au-delà du visible comme nous avons vu pour aller au-delà du touchable. Nous ne voyons pas seulement l’intouchable en voyant, nous voyons aussi l’invisible en pensant. »

L’une des raisons pour lesquelles l’œuvre de Parant est à ce point répétitive, ou plus exactement inchoative (elle ne cesse d’exprimer ce qui commence, ce qui va naître), c’est qu’elle semble toujours inquiète de rejouer l’origine, de remettre en scène l’instant primordial (genèse),le début mais aussi la fin - le changement ? -, la négation suivant de très près l’affirmation. De là son caractère exorbité, son anomalie, son excentricité. Aussi privilégie-t-il le présent, seul temps en accord avec la naissance de l’écriture comme de tout phénomène. Il use aussi du « nous » pour mieux affirmer la dissolution du « je » dans un grand Tout qui le dépasse de toute part et l’emporte, atome, particule... C’est sans doute au nom d’une croyance en Dieu (en dépit du pluriel du titre qui renverrait plutôt à des sommets, à des hauteurs inexplorées) qu’il en appelle à une forme d’appartenance générique (un « nous » incantatoire), celle qui ferait de tout être humain le membre d’une espèce, l’espèce humaine en l’occurrence, que l’auteur prend soin de distinguer de l’espèce animale (c’est un monde où Dieu cohabite avec les hommes et les animaux).

Une abstraction habite ce livre, qui l’éloigne des problématiques sociales ou sociétales d’aujourd’hui, une sorte de métaphysique qui ignore délibérément les questions politiques, notamment celles qui ont trait à l’appartenance, objet de fantasmes plus ou moins dangereux ou d’une méfiance de bon aloi. La référence à la transcendance participe de l’affirmation d’une réalité qui nous dépasse et dont nos sens peinent à témoigner. Elle nourrit souvent la lyrique amoureuse en raison de la fonction cruciale que joue en son sein la figure de l’altérité. Chez Parant, il s’agirait plutôt de nourrir une poétique cosmique. La métaphore de l’éveil si fréquente dans les textes spirituels comme dans la fiction, trouve ici un écho sous la forme d’un œil qui verrait pour la première fois. Stupeur, émerveillement. « Nous ouvrons les yeux et tout s’allume. »
On remarquera que cette référence à une instance collective, enveloppante, n’empêche nullement l’auteur de se considérer comme un étranger venant d’un monde inconnu, qu’il qualifie d’intérieur, ignorant des frontières et peut-être des divisions. Ce n’est pas le moindre intérêt de cette poésie d’accueillir la contradiction et de se jouer du temps. « J’ai cru en Dieu parce que je ne le voyais pas », écrit Parant. Et d’ajouter un peu plus loin : « Je croirai en Dieu quand je l’aurai touché. » Jeu temporel qui ne contredit pas l’importance accordée au présent de l’expérience ou de la métamorphose. C’est que l’expérience originaire, bien que passée, revient, exige d’être répétée, vécue à nouveau, renouvelée. Les yeux sont des boules. Image de la plénitude mais aussi de la permanence, du cycle, du retour. C’est parce que le présent passe et revient sans arrêt que l’exigence d’écrire ne connaît aucun répit, un livre en appelant impérieusement un autre, comme s’il fallait conjurer une menace d’interruption, de disparition. La page est un tonneau de Danaïdes, toujours vide bien qu’une main travaille sans cesse à le remplir.

Ce qui ne manque pas de dérouter chez Parant, c’est que tout semble réversible (« Il n’y a jamais l’un sans l’autre »). Non seulement tout un jeu de contraires structure la pensée et la syntaxe, mais toute hypothèse ou assertion semblent pouvoir être contredites, renversées. Rien n’est stable, tout tourne sur soi-même, engendrant un chaos, un chaosmos. Le but de cette poésie n’est pas de connaître un terme, d’atteindre une limite ; il serait plutôt d’illimiter les pouvoirs de la perception et de la pensée. Sans cesse l’écriture relance la question du voir (le ciel) en relation avec celle du toucher (la terre), pour susciter une forme de spéculation qui touche à l’inconnu, ce terme un peu galvaudé qu’il faudrait songer à remplacer :

« C’est seulement quand le monde disparaît sous l’obscurité que l’infini surgit devant nos yeux. »

Pascal Gibourg - 11 mai 2012















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